| Résumé : |
La représentation défigurée du corps, à l'?uvre dans La Raie de Chardin et les Écorchés de Houdon, est révélatrice des interrogations esthétiques du XVIIIe siècle français. Les codes de la figuration du corps sont en effet remis en question : Chardin dessine les limites de l'imitation de la « belle nature», tandis que Houdon pousse à bout la recherche des fondements anatomiques de la beauté développée par certains partisans du « beau idéal». Parallèlement,se développe tout au long du XVIIIe siècle, un imaginaire littéraire de la défiguration. Mme d'Aulnoy, l'abbé Prévost puis Rousseau évoquent la difficile représentation de soi à travers le nouveaumotifdu visage défiguré. La littérature affirme ainsi la légitime expression de l'intériorité, au-delà de la recherche du beau. L'intention sembleêtreau moins comparable dans La Raie et les Écorchés. Un décryptage de type psychanalytique s'impose presque naturellement face au tableau de Chardin. Les Écorchés, quant à eux, peuvent être vus à de nombreux égards comme une matérialisation de la démarche autobiographique. Ces ?uvres affirment non seulement la valeur purement plastique du corps, débarrassé de toute référence à l'idéal, mais apparaissent aussi comme une paradoxale figuration de la défiguration à l'?uvre dans toute expression de l'intériorité. |