| Résumé : |
La bioéthique moderne s’est structurée autour de quatre grands principes : l’autonomie, la bienfaisance, la non-malfaisance, la justice. Ces principes fondateurs proposés par Tom. L. Beauchamp et James. F. Childress en 1979, permettent d’encadrer les pratiques cliniques. Ils reposent cependant sur un modèle de l’humain en fait virtuel, théorique, car autonome et rationnel, hérité du déontologisme d’Emmanuel Kant. Notre engagement dans la pratique de l’éthique clinique nous a conduit à penser que cette pratique pouvait bénéficier de l’éthique du Care, une éthique proposée en 1982 par Carol Gilligan, mais encore souvent mal connue et comprise. Le but de notre cet article est d’analyser cette proposition de façon critique. Le Care s’appuie sur des concepts dont la pertinence scientifique, tenant des sciences de l’évolution du vivant et de l’Homme, des sciences cognitives et des neurosciences, la pertinence philosophique issue essentiellement du pragmatisme américain de John Dewey et la pertinence morale vertueuse sont incontestables. Le Care prend en considération non seulement la primauté de la socialité de l’Homme, mais aussi sa vulnérabilité depuis sa naissance et toute sa vie durant, sa dépendance aux autres, au reste du vivant et son environnement. Le Care se fonde alors non sur l’application de principes théoriques (tels ceux de T.L. Beauchamp et J.F. Childress) mais sur le souci concret de pallier à cette vulnérabilité, à ce manque d’autonomie en préservant aux mieux les liens sociaux, c’est-à-dire les liens mutualistes, ceux de compréhension mutuelle qui fondent notre singularité humaine. Le Care prend ainsi en compte notre altricialité qui est depuis toujours notre singularité la plus marquée. Le Care doit se voir comme un impératif éthique homéostasique, ciment de notre singularité humaine, ayant pour rôle de contrecarrer la part vulnérable de notre socialité. De ce fait, le Care consolide la pratique de l’éthique clinique en revisitant les grands principes de cette dernière. |