| Résumé : |
La notion de théorie de l'esprit renvoie à la faculté d'attribuer à autrui des états intentionnels pour comprendre ou anticiper son comportement. Elle doit son succès à son caractère opérationnalisable, c'est-à-dire se prêtant à l'expérimentation, et sur ce plan à son incontestable fécondité heuristique. Il est maintenant pratiquement établi à quels stades cette faculté est acquise dans le développement phylogénétique et dans le développement de l'enfant, ainsi que dans quelles pathologies (autisme, schizophrénie) elle est déficiente ou altérée. Ces résultats utiles ne doivent cependant pas cacher les questions essentielles que soulève encore cette faculté et qui orientent actuellement la recherche : la question des mécanismes d'attribution d'états intentionnels, celle des précurseurs de cette faculté et des modalités de sa mise en place, celle enfin de sa place au sein de la faculté plus générale d'appréhender la vie mentale d'autrui. À cet égard, il est intéressant de considérer les origines philosophiques de cette notion, pour en comprendre les présupposés et par suite certaines de ses limites et de ses ressources. Face à toutes ces questions, la notion de théorie de l'esprit apparaît plutôt comme le nom d'un problème qui stimule actuellement la recherche que comme un principe explicatif autosuffisant. Les concepts scientifiques ne trouvent leur sens propre que rapportés à la dynamique de la recherche où ils émergent et se transforment. |