| Résumé : |
Objectifs
Les tentatives de suicide à répétition constituent une problématique clinique particulièrement difficile. Ces tentatives de suicide multiples chez un même sujet laissent souvent les soignants dans une incompréhension et une impuissance thérapeutique. Loin d’être un « raptus », le passage à l’acte suicidaire à répétition est sous-tendu par des processus psychiques complexes. Nous nous sommes particulièrement questionnés sur le rôle de l’objet et la perte de perception de l’objet dans la dynamique des passages à l’acte suicidaires à répétition.
Méthode
Nous avons mené une recherche préliminaire en nous appuyant sur l’analyse d’entretiens semi-directifs et d’un entretien libre, ainsi que des tests de Rorschach et du T.A.T. de trois femmes hospitalisées en service de psychiatrie pour tentatives de suicide. Une partie du dispositif de recherche était destiné à offrir aux participantes un champ d’expression libre, laissant place à une rêverie imaginante fondée sur la règle de la libre association selon l’expression de D. Lagache. Nous nous appuyons sur une méthodologie basée sur l’étude de cas individuel et sur la méthodologie et les propositions d’interprétation des méthodes projectives de l’École Française. Nous nous proposons de nous centrer plus précisément sur les résultats du Rorschach et du T.A.T.
Résultats
Frédérique, Nora ainsi qu’Olga se sont toutes prêtées à la passation des tests projectifs. Néanmoins, l’ensemble des protocoles démontre peu d’investissement de la pensée, une forme de passivité face au matériel, avec une prédominance des mécanismes d’évitement. À l’aide de nos données, nous questionnerons la qualité et la capacité de nos sujets à convoquer un objet interne suffisamment solide. Nous analyserons également les récits de nos patientes davantage investis sur un mode anaclitique, où les relations, et particulièrement les relations spéculaires, sont au premier plan. Les récits sont ainsi principalement mobilisés autour du traitement de la perte à travers l’excitation qu’elle peut susciter chez nos sujets.
Discussion
L’étayage de l’objet est particulièrement investi dans une fonction négative. Nous avons ainsi étudié les modalités relationnelles de nos sujets au regard de la dépendance à l’objet, de la question de la perte et de l’angoisse qu’elle peut engendrer ainsi que de ses manifestations associées.
Conclusion
En explorant les dynamiques inconscientes qui sous-tendent les passages à l’acte suicidaire et en particulier les récidives de passage à l’acte suicidaire, nous sommes amenés à penser que ce type d’agir contient une adresse à l’objet, adresse qui reste méconnue du sujet lui-même et qui demande une réponse de l’objet à laquelle elle est destinée. L’absence de réponse de l’objet susciterait une excitation difficilement soutenable, jusqu’à être invivable pour le sujet ayant recours, dès lors, au passage à l’acte suicidaire. L’inévitable retour de ces situations inélaborables expliquerait les récidives suicidaires. |