| Résumé : |
Objectifs
L’Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique, thèse de médecine soutenue en 1943 par Georges Canguilhem (1904–1995), est certainement le texte français d’épistémologie de la médecine le plus connu. L’auteur alors jeune philosophe, étudiant en médecine et résistant, y défend l’autodétermination du vivant, capable de juger de ce qui est normal ou pathologique, catégories dont se saisissent ensuite la médecine et la physiologie ; ainsi qu’une conception de la clinique ajustée à la rencontre singulière. Son argumentation s’appuie largement sur les thèses de psychiatres mais exclut pourtant la psychopathologie de son champ d’application. C’est à ce paradoxe, peu étudié jusqu’ici, que nous tâchons de répondre dans cet article.
Méthode
Nous avons étudié de manière approfondie les textes portant sur la psychologie et le soin psychique dans les archives de G. Canguilhem, ses œuvres complètes, récemment publiées, et les travaux universitaires menés actuellement.
Résultat
Nous proposons de revenir aux deux problèmes qui initient l’Essai : « celui des rapports entre sciences et techniques, celui des normes et du normal ». À ce dernier, Canguilhem répond en proposant le concept de normativité vitale qui s’inscrit dans la continuité de travaux précédents consacrés à la psychologie, présentés lors de cours donnés au lycée dans les années trente et dans un Traité de psychologie, demeuré inédit, qui déjà promouvaient un sujet capable de valoriser, de s’engager, et par-là de se soustraire au déterminisme de son environnement et de son organisme. Concernant les rapports entre science et technique, qu’il commence à conceptualiser à la toute fin des années trente, il propose dans l’Essai un trajet inverse à celui du positivisme, partant de la clinique vers la science qui en retour l’éclaire ; or, la psychologie scientifique ne saurait jouer un rôle équivalent à la physiologie dans le soin psychique. Canguilhem considère en effet la revendication d’objectivité de la psychologie incompatible avec le respect de la subjectivité, que défend au contraire sa psychologie réflexive. Nous étudions pour finir les textes de Canguilhem évoquant la psychothérapie ainsi que ceux mentionnant la psychopharmacologie.
Discussion
Nous discutons les conséquences cliniques de l’impossibilité pour la psychologie scientifique de jouer pour la psychothérapie un rôle analogue à celui de physiologie en médecine.
Conclusion
La conception du soin psychique qu’ébauche Canguilhem consiste essentiellement en une défense de la dignité humaine, fondée sur une théorie philosophique et non scientifique de l’individu. |