| Résumé : |
Objectif
L’auteur se propose de reprendre l’approche phénoménologique de la manie, considérant que sa forme sémiologique actuellement prévalente est de registre dysphorique, et non plus, tel que cela était classiquement décrit, euphorique. Après avoir brièvement tenté de formuler quelques hypothèses se rapportant à l’occurrence de cette modification sémiologique, il s’agira de rechercher l’unité de la syndromique maniaque en dépit, ou plutôt à travers, ces modes de présentation sémiologique pourtant a priori radicalement opposés.
Méthode
S’appuyant principalement sur les travaux fondateurs ayant trait à l’étude de la phénoménalité maniaque (principalement de Binswanger et de Ey), mais sans quitter pour autant l’horizon heuristique de la psychanalyse, on s’efforcera de circonscrire la contrainte réductive (épochè) propre à la manie, ainsi que les directions de sens phénoménologiques qui la caractérisent au plus près.
Résultat
La dépersonnalisation maniaque procède, tout autant que la mélancolie, d’une forme radicale de neutralisation affective, dont il s’agira de préciser les inférences paradoxales dans les registres de la spatio-temporalité et de l’intersubjectivité. L’antinomie maniaque (Binswanger), resserrant dramatiquement le nœud chiasmatique de la vie et de la mort, engage l’émancipation de tensions extrêmes mêlant dilatation et rétraction de l’espace et du temps, que peut traduire l’image d’un saut vertigineux ou du planement, entre envol et chute, tandis que sur le plan de l’inter-subjectivité, le défaut d’apprésentation et l’« être-grande-gueule » déterminent le fourvoiement caractéristique de la rencontre d’autrui par le maniaque.
Discussion
L’antinomie maniaque conjoint l’agonie mélancolique à un sur-saut vital contre-agonique, que les approches daseinsanalytiques et psychanalytiques contribuent à spécifier. La perte de l’historicisation et même l’anonymisation subjectives qui caractérisent la manie aussi bien que la mélancolie, jusqu’à en faire des « psychoses an-historiques » (Binswanger), laissent pour autant intact le vécu d’auto-appartenance du Moi, en une forme de « détresse de l’ego pur » (Binswanger), que l’on tentera de préciser.
Conclusion
La composante d’allure thymique (euphorique ou dysphorique) apparaît finalement vicariante dans le processus maniaque. La phénoménalité maniaque ressortit d’une épochè affective éminemment singulière, touchant à la trans-possibilité (Maldiney), dont l’issue sémiologique paraît liée à la surrection de cette tension d’inexistence qui totalise l’expérience, ou plutôt l’expérimentation, maniaque. |