| Résumé : |
Les recherches en santé mentale montrent que les facteurs environnementaux, le stress et certaines interventions psychothérapeutiques peuvent moduler l’expression des gènes par des mécanismes épigénétiques. L’ergothérapie, discipline centrée sur l’interaction personne-environnement-occupations, pourrait contribuer à ces dynamiques biologiques, mais cette hypothèse n’est pas encore explorée. Cette revue de littérature vise à synthétiser les connaissances disponibles sur les interventions non médicamenteuses associées à des modifications épigénétiques en santé mentale, et à en discuter les implications théoriques pour l’ergothérapie à partir du Modèle canadien du rendement et de l’engagement occupationnel (MCREO).
Une revue de la portée a été menée dans plusieurs bases de données en psychologie, psychiatrie et neurosciences, en incluant des études humaines rapportant des marqueurs épigénétiques avant ou après intervention. Trente‑deux études ont été analysées : elles portent principalement sur des psychothérapies, des programmes psychosociaux, des modifications de l’environnement de vie ou des pratiques corps‑esprit. Ces travaux décrivent des changements de méthylation de l’ADN au niveau des gènes impliqués dans la régulation du stress et de la plasticité neuronale, ainsi qu’une certaine réversibilité des profils épigénétiques.
En reclassant les facteurs étudiés à l’aide du MCREO, cette revue met en évidence des convergences fortes avec les cibles habituelles de l’ergothérapie (structuration du quotidien, qualité des environnements, engagement occupationnel). Elle propose un modèle bio‑éco-psycho‑occupationnel pour penser l’ergothérapie comme un modulateur potentiel de trajectoires épigénétiques en santé mentale, tout en soulignant les limites méthodologiques actuelles et la nécessité de recherches empiriques interdisciplinaires. |