| Résumé : |
Contexte
Les questions relatives à la consommation de médicaments psychotropes chez les enfants et les adolescents autistes font l’objet d’un intérêt soutenu dans la littérature scientifique et dans les débats publics au niveau international. Cependant, il n’existe à l’heure actuelle aucune donnée épidémiologique dédiée à cette thématique dans la littérature scientifique ni dans les informations dispensées par les agences de santé ou les pouvoirs publics en France. L’objectif de cet article est d’analyser les bases du Système National de Données de Santé (SNDS) pour décrire l’évolution de la consommation de médicaments psychotropes chez les enfants et les adolescents autistes entre 2010 et 2022, ainsi que les multiples variables cliniques, démographiques et sociales susceptibles de contribuer à la prescription.
Méthodes
Nous avons procédé à l’analyse systématique de la consommation de médicaments psychotropes chez les patients autistes âgés de 0 à 17 ans dans le SNDS (99 % de la population résidant en France) entre 2010 et 2022, en nous intéressant tout particulièrement aux classes de médicaments suivantes : N05A antipsychotiques, N05B anxiolytiques, N05C hypnotiques et sédatifs, N06A antidépresseurs, N06B psychostimulants, N03 antiépileptiques, et N04 antiparkinsoniens.
Résultats
L’analyse du SNDS montre une consommation élevée de médicaments psychotropes chez les enfants et les adolescents autistes : 36,8 % en 2022, dont 26,3 % chez les 0–2 ans, 27,8 % chez les 3 à 5 ans, 36,5 % chez les 6–11 ans et 41,7 % chez les 12–17 ans. La consommation de médicaments psychotropes chez les patients autistes âgés de 0 à 17 ans est stable entre 2010 (31,8 %) et 2019 (31,6 %), puis augmente entre 2019 et 2022 (36,8 %). On note cependant des disparités selon les sous-classes de traitements : à la baisse pour les antiépileptiques N03A (7,5 % en 2010 et 3,9 % en 2022), les antiparkinsoniens N04A (2,2 % en 2010 et 1,2 % en 2022), les antipsychotiques N05A (18,6 % en 2010 à 16,1 % en 2022), les anxiolytiques N05B (10,2 % en 2010 et 8,3 % en 2022) ; et à la hausse pour les traitements hypnotiques N05C (0,7 % en 2010 à 15,4 % en 2022), les antidépresseurs N06A (2,5 % en 2010 et 3,8 % en 2022), et les psychostimulants N06B (6,3 % en 2010 à 11,9 % en 2022). Ces taux de prescription se doublent de volumes de consommation importants avec une moyenne de 18 à 19 boîtes par an et par enfant, et des durées de traitement supérieures à 10 ans. Les poly-prescriptions sont nombreuses, les suivis biologiques associés aux prescriptions insuffisants. Le taux de défavorisation sociale au sein de cette population est de 43,5 % en 2022.
Discussion
Les résultats sont discutés à la lumière des consensus scientifiques internationaux, des recommandations des agences de santé et des initiatives contemporaines portant sur les pratiques de déprescription dans le cas de l’autisme et des soins dispensés aux enfants et aux adolescents. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour étudier les potentiels effets indésirables de ces médications, les motifs cliniques des prescriptions et les stratégies thérapeutiques les plus adaptées aux enfants autistes. |