| Résumé : |
Objectifs
Cet article propose une réflexion sur les impacts de la clinique de l’exil et de l’immigration sur les suivis thérapeutiques de certains de ces patients. Nous constatons ainsi que la dynamique transférentielle, en raison de parcours souvent traumatiques, est marquée par toute une série de phénomènes : identification projective, passage à l’acte et pensée opératoire. À partir de ce constat, nous proposons un aménagement du cadre via la création d’un dispositif appelé groupe de passage. Ce dernier intègre plusieurs éléments, tels que la dimension sensorielle, ainsi que des objets de passage, permettant de faire le lien entre l’actuel et le passé, l’ici et le pays d’origine. L’objectif est de faciliter, par l’intermédiaire d’un transfert sensoriel, les processus associatifs mis à mal par les différents événements de vie rencontrés par ces populations.
Méthode
La méthode utilisée est celle de l’observation participante d’un groupe mis en place auprès de sujets immigrés.
Résultats
Les résultats montrent que ce dispositif facilite l’installation d’une dynamique transférentielle grâce à une série d’éléments : le groupe multiculturel, la médiation sensorielle et l’objet de passage. La dimension multiculturelle permet d’intégrer l’altérité au sein du groupe, facilitant ainsi son élaboration. La sensorialité favorise la mise en place d’une régression, ouvrant l’accès à certaines parties de la vie psychique difficilement accessibles en raison des traumatismes. Enfin, l’objet de passage permet de lier des temporalités (le passé et le présent) et des lieux (ici et ailleurs), souvent clivés, permettant une exploration de l’histoire des sujets. Ce dispositif apparaît ainsi comme un vecteur d’élaboration de la question identitaire. Cette dernière connaît plusieurs destinées : l’une d’elles correspondant à une élaboration nostalgique, signe d’un véritable travail de dégagement. Toutefois, nous constatons également la présence de défenses narcissiques, s’incarnant dans le groupe par des clivages autour de la culture, suscitant des réactions de rejet. Enfin, une dernière occurrence correspond à une forme d’effondrement dépressif.
Discussion
Ces résultats nous amènent à interroger certains éléments du dispositif, tels que sa durée très courte (3 mois) et sa dimension groupale. Il apparaît que, si le groupe soutient, pour certains, leur appareil psychique, il devient potentiellement une source de résistances collectives à travers un certain nombre d’alliances structurées autour de la culture et de la religion. Ces défenses semblent masquer les dimensions traumatiques, généralement absentes des séances. La question de la durée du groupe mérite d’être interrogée, car elle entrave certains processus, notamment ceux liés à l’élaboration de la perte.
Conclusion
Les difficultés rencontrées dans la clinique nous amènent à imaginer de nouveaux dispositifs pour répondre aux enjeux de notre pratique. Le groupe de passage est une tentative d’ouverture à certaines potentialités, mais il présente également des limites. L’utilisation d’un transfert sensoriel ainsi que d’objets médiateurs semble prometteuse. Cela permet d’amorcer une dynamique transférentielle difficilement mobilisable par d’autres moyens. Toutefois, il apparaît que l’utilisation du groupe mérite d’être davantage réfléchie afin d’aider à surmonter certaines résistances. |