[article]
| Titre : |
Pourquoi les convictions morales facilitent le dogmatisme, l’intolérance et la violence |
| Titre original : |
Why moral convictions facilitate dogmatism, intolerance, and violence |
| Type de document : |
texte imprimé |
| Auteurs : |
DECETY Jean, Auteur |
| Année de publication : |
2024 |
| Article en page(s) : |
p. 227-248 |
| Langues : |
Français (fre) |
| Mots-clés : |
Attitude Croyance Dogmatisme Extrémisme Politique Métacognition Morale Neurosciences Valeurs Violence |
| Résumé : |
Objectifs
Cet essai théorique, à travers une perspective interdisciplinaire naturaliste qui intègre les sciences biologiques et les sciences sociales, tente d’expliquer pourquoi les croyances associées à des valeurs morales peuvent conduire au dogmatisme, à des attitudes et des opinions intolérantes et parfois motiver des actions collectives violentes.
Méthode
L’article s’appuie sur une analyse intégrative et sélective de la littérature empirique portant sur 138 articles (78 % d’entre eux publiés au cours des huit dernières années) en anthropologie, neuroscience, psychologie cognitive et sociale, sciences politiques et sociologie pour expliquer pourquoi et comment le processus de moralisation augmente fortement la force des croyances et des attitudes – en certitude et importance – ce qui, à son tour, motive l’engagement social et induit un extrémisme attitudinal quelle que soit l’appartenance idéologique, politique ou identitaire.
Résultats
Les convictions morales sont perçues comme des vérités objectives, absolues, nécessaires, universelles et infaillibles. Elles engagent les émotions, le circuit de la récompense ainsi que le système des valeurs dans le cerveau qui motive et contrôle le comportement. Les convictions morales sont généralement partagées avec d’autres membres de son groupe ou coalition et sont donc liées à l’identité sociale. Plus les gens perçoivent l’existence d’un consensus au sein de leur communauté sur le caractère moral d’une croyance ou d’un principe, plus ils sont susceptibles de les considérer comme objectifs et universels. Les convictions morales motivent la participation à l’action collective et inspirent le courage de s’opposer aux injustices perçues, réelles ou imaginaires, en dépit du coût personnel. Une rigidité mentale est souvent une caractéristique des convictions morales. Une fois qu’une question est moralisée et considérée comme réaliste, elle est davantage susceptible d’être perçue comme une croyance absolue, maintenue avec une confiance inébranlable immunisée contre l’argumentation rationnelle. Cette confiance inébranlable dans une croyance entraîne un biais de confirmation, qui fait que les gens sont moins disposés à rechercher ou à prendre en compte des informations correctives. Ils éprouvent souvent un sentiment de supériorité et deviennent dogmatiques, quelle que soient l’exactitude de leurs croyances. Des indices neuronaux spécifiques et des dispositions cognitives de bas niveau sont associés de manière prédictive à des orientations de personnalité sujettes aux attitudes dogmatiques dans les domaines idéologiques, politiques et socioéconomiques.
Discussion
Les opinions et les attitudes, lorsqu’elles sont moralisées, peuvent rendre les gens dogmatiques, rigides et intolérants. Les convictions morales peuvent servir de mandats impératifs susceptibles de faciliter l’activisme politique, mais aussi des positions extrêmes parfois négatives, une polarisation hostile des opinions qui nuit au débat démocratique et peut aller jusqu’au soutien à des actions violentes. Le manque de flexibilité cognitive explique l’échec des processus d’actualisation et de calibration des connaissances qui entraîne une incapacité à évaluer et se débarrasser de croyances antérieures.
Conclusion
Lorsqu’une question sociale ou économique est moralisée, il devient plus difficile d’intégrer des aspects pragmatiques qui prennent en compte les risques, les avantages, les coûts et les conséquences. Les convictions morales sont donc une arme à double tranchant avec des effets constructifs ou destructifs. |
| Permalink : |
https://ch-poitiers.fr/opac_css/index.php?lvl=notice_display&id=122672 |
in L'évolution psychiatrique > n°2 (Juin 2024 Vol. 89) . - p. 227-248
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