| Résumé : |
La prosopagnosie, décrite au XIXe siècle, a reçu son nom en 1947 de Joachim Bodamer (1910–1985), un neuropsychiatre allemand. Ce terme désigne l’incapacité à reconnaître un visage pourtant familier. Ce symptôme, rarement isolé, résulte habituellement de lésions cérébrales prédominant à la face inférieure de la jonction temporo-occipitale droite. Il existe des cas, plus fréquents, de prosopagnosie développementale. Le syndrome de Capgras (SC), décrit par Joseph Capgras (1873–1950), consiste en la conviction durable qu’un proche, qui est identifié, a été remplacé par un sosie. Le SC, considéré comme un trouble délirant de l’identification ou de la familiarité, a été décrit dans un contexte psychiatrique, au cours de psychoses chroniques, habituellement la schizophrénie. Il est aussi rencontré dans l’évolution de maladies neurodégénératives (maladie d’Alzheimer, démence à corps de Lewy, démence de la maladie de Parkinson). Des formes lésionnelles sont de connaissance plus récente. La prosopagnosie et le SC ont été parfois considérés comme résultant de lésions en miroir l’une de l’autre, n’impliquant qu’un facteur, l’un affectant un circuit ventral conscient de reconnaissance des visages (prosopagnosie), l’autre affectant un circuit dorsal inconscient impliqué dans les réactions émotionnelles et végétatives (SC). L’étude de formes lésionnelles en IRM par cartographie de réseaux lésionnels suggère un mécanisme plus complexe. Les lésions à l’origine de la prosopagnosie sont corrélées à une des régions majeures liées à la reconnaissance des visages, la Fusiform Face Area droite, et anticorrélées avec des régions frontales gauches possiblement impliquées dans le contrôle attentionnel. Dans les formes lésionnelles de SC, il existe une corrélation avec le cortex rétrosplénial gauche, en lien avec la familiarité, et des régions frontales droites, en lien avec l’évaluation des croyances, résultat en faveur de l’intervention de deux facteurs. Le débat sur les mécanismes n’est pas tranché, d’autant qu’il se cantonne aux formes lésionnelles, mais les études en cartographie de réseaux lésionnels marquent dans ce cadre un changement de paradigme, l’attention se portant des lésions (méthode clinico-anatomique) aux dysfonctions de circuits.[Résumé d'auteur] |